C’est quoi “des trucs de blancs” ?
Lu consciencieusement 3017 fois, 5 ce jour-ciEtant donné la mode des sujets qui fâchent et la floraison cette automne dans les médias des polémiques qui servent à rien : la pseudo affaire Frédéric Mitterrand, l’identité nationale, l’affaire Jean Sarkozy (faut bien que les journalistes se mettent quelque chose sous la dent…), j’ai décidé moi aussi de lancer un sujet qui fâche, pour vous faire oublier quelques instants votre condition et vous empêcher de réfléchir sur le vrai sens de la vie et les questions fondamentales que devraient se poser tout être humain…
Yonkle, le séfarade l’ashkénaze qui faisait “des trucs de blancs”…
Un jour, ma soeur Daria m’a lancé une phrase assassine : “Arrête avec ta musique de blancs !” Le lendemain elle m’a sorti la même phrase mais avec une variante : “C’est quoi ce film de blancs, c’est nul !”. Le surlendemain elle m’a ressorti une autre variante alors que je m’apprêtais à aller voir une expo : “C’est quoi tes sorties ennuyeuses de blancs ?”… “C’est comme être dépressif, être dépressif c’est un truc de blancs…”
Et là, je me suis mise à réfléchir, pas trop longtemps car le propos ne valait pas plus de 5 minutes de réflexion. Mais je me suis quand même posée la question : Qu’est ce que faire “des trucs de blancs” ? Et puis un jour, une de mes collègues Marielle m’a narguée en me disant : “mais de toute façon toi t’écoutes que du Justin Timberlake”. Dans sa tête je suis noire donc je n’aime que le R&B. Ecouter de la musique classique ? Vincent Delerme ? Ou encore Benjamin Biolay, Regarder un film d’Alain Resnais, me sont par définition interdits (bon j’avoue j’aime pas la bande à Biolay mais bon, j’aurais pu…).
Apparemment pour chaque classe sociale, chaque couleur, il y a une catégorie de musique, une catégorie de films bien définie. Il ne faut pas franchir la frontière. Ne surtout pas forcer le barrage de peur d’être taxée de Personne bizarre. ex: comme Yonkle le cowboy juif ou Karim, l’arabe gothique des “Beaux Gosses”. Pour en rajouter une couche sur Marielle, elle et son stagiaire Daniel ont été choqués de savoir que j’apprenais à jouer de la guitare et mon pote Yves, camerounais de son état a eu droit dans le métro à : “J’ai pas l’habitude de voir un homme noir apprécier de la littérature, je peux vous prendre en photo… ?”. Bien sûr, Marielle et Daniel ne connaissaient pas la musique de Pharrell Williams. Son groupe, les N.E.R.D, font du R&B actuel. Cette musique moderne et quelque peu commerciale n’est pas “leur territoire”. Ce n’est “pas assez bien” pour eux. Car lorsque Daniel a écouté les N.E.R.D accidentellement pour la première fois en mode “haut parleur”, sa collègue de stagiaire a pouffé en rétorquant : “Quoi ? Tu écoutes du R&B ! Je suis déçue !”. L’étroitesse d’esprit se fait sentir de tous les côtés.
Ainsi un homme blanc qui aime Pharrell Williams serait un con et une noire qui écoute Mademoiselle K ne serait pas une vraie noire. Dans l’exception culturelle française il n’y a pas de place pour tout le monde. Pourtant du tube R&B commercial à l’oeuvre intello-chiante-née-d’une masturbation-intellectuelle-snobinarde, chacun devrait y trouver son compte SANS COMPLEXE. Certaines personnes dont j’ignore le nom, ont décrété ce qu’était avoir du goût et les gens “érudits” doivent s’y tenir.
Bien sûr certaines oeuvres ne nous atteignent guère parce qu’on a eu telle éducation ou/et fréquenté telles personnes. Car pour apprécier un film il faut développer des affects, il faut se sentir proche des personnages… C’est donc, tout naturellement que j’avoue mon indifférence totale aux personnages des oeuvres de Garrel et d’Honoré. Cela ne fait pas de moi une crétine finie ni une inculte ou une personne sans aucune sensibilité.
Alors certes, dans une expo je me retrouve bien des fois être la seule noire. Mais je vous assure que je ne suis pas la seule noire parce que les oeuvres exposées SONT SOI-DISANT trop inaccessibles. Si vous saviez toutes les bêtises et les conneries dignes d’un enfant de 2 ans que j’ai entendu dans les files d’attente de ces expos qui étaient déblatérées par des pseudo intellos et des étudiants pédants… On se demande pourquoi ils viennent aux expos (sûrement pour se donner un genre).
Finalement ce n’est qu’une histoire de complexe et de moyens financiers à mon humble avis. Comme le dit si bien Brigitte Bardot dans “Le Mépris” de Godard : “Dès que j’entends le mot culture, je sors mon carnet de chèques !”





