Il y a les “bons” noirs et les “mauvais” noirs
Lu consciencieusement 4154 fois, 2 ce jour-ciIl y a les bons et les mauvais noirs, ceux qui l’ouvrent et ceux qui se la ferment…
J’étais à l’arrière du bus, bien au fond, à la place du noir. Comme à mon habitude j’ai un ipod vissé sur les oreilles. J’entends presque rien grâce au son électro de Roisin Murphy. J’étais presque sur le point de m’évader quand surgit Madame Pétain, 70 ans et sa canne en bois marron. Cette fois-ci, elle ne convoite pas ma place (bien chaude), elle veut juste s’assoeir à côté de moi. Mais ce chemin, qui la mène de l’entrée du bus au siège du fond, est semé d’embuches.
Déjà je suis passablement énervée… Il y a plein de places prioritaires libres. Je ne comprend pas pourquoi elle est venue jusqu’ici avec sa canne rongée par les mites. Bref, Le bus bouge dans tous les sens comme un train corail et elle s’assoit près de moi, la mine renfrognée. 3 minutes plus tard une femme avec son petit de 3 ans entre dans le bus. C’est Fatou, je la connais “vite fait”, elle était dans le même lycée que moi. A ce moment là, la vieille dame veut descendre du bus mais peine à se mettre debout. Elle décide donc de s’appuyer sur la tête du fils de Fatou pour se lever ! Hell no !
Fatou, pas contente, embrouille la vielle dame. Celle-ci fait “zarma” elle comprend pas pourquoi on lui gueule dessus. On s’appuie pas sur la tête d’un enfant pour rester en équilibre ! Voyons ! Ca devrait être écrit dans la déclaration universelle des droits de l’homme tout comme “ne pas tirer la chasse d’eau après 2h du mat’”.
La vieille dame commence le déballage raciste dont elle a l’habitude : “Ca vient chez nous et ca nous fait chier…”. Je vous épargne le reste qui est un mix entre un discours de Marine Lepen et les discours anti-rap du magazine Modes et Travaux.
Madame Pétain se tourne vers moi et me dis. “Vous, vous êtes pas comme ça, Hein ?”. Et là comment vous dire… J’avais le choix entre l’agresser physiquement (me retrouver en garde à vue) et ne rien dire… J’ai choisi l’entre deux. Je l’ai remis en place. “Vas-y renvoie-nous au bled, on verra si Pierre ton fils obèse va pouvoir se lever à 5h du mat’ pour aller ramasser tes merdes dans les rues de Paris, bouffone”. C’était réglé, elle est partie, la mine encore plus renfrognée.
Et puis ça m’a donné à réfléchir. Pourquoi m’a-t-elle dit : “vous êtes pas comme ça, vous”. Parce que je suis claire de peau ? Elle m’a prise pour une antillaise ? Dans l’esprit étriqué de Madame Pétain, les antillais sont des gentils, des dociles, ils l’ouvrent pas ? J’en sais rien… Il n’empêche que les événements de ces dernières semaines aux DOM ont peut-être changé le regard que les occidentaux posent sur leurs îles.
Peut-être a t-elle fait un amalgame ? Etre claire de peau, c’est se rapprocher de sa conception de la normalité. C’est alors faire moins peur… Qui sait…





